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Macron sur TF1 : le non-événement monarchique.

Macron sur TF1 : le non-événement monarchique. | Pierre-Yves Cadalen - France Insoumise

Le 16-10-2017 à 16:38

Hier soir, la pression médiatique avait atteint son comble : le Président allait parler.

Enfin. Lui qui réserve sa parole et la croit si précieuse décidait de descendre de son nuage. Il était résolu à nous dévoiler les moindres recoins de sa pensée complexe. Hostile à la Ve République et à la conception personnaliste du pouvoir qui lui est liée, je n’attendais pas grand-chose de ce rendez-vous présenté ici et là comme décisif. Je n’ai pas été déçu.


Le Président des riches

S’il y a, et depuis fort longtemps, une notion qui caractérise Emmanuel Macron, c’est le vide. Aux longues phrases se succédaient les longues phrases, parfois ponctuées par un silence d’autosatisfaction, juste afin de leur y mettre un point. Le bavardage culminait dans le refus pur et simple de qualifier sa politique pour ce qu’elle est : une politique en faveur de ceux qui accumulent, des rentiers et des plus riches. Lorsque la droite traditionnelle est au pouvoir, elle l’admet sans autre espèce de justification. Macron, qui avec la suppression à 70% de l’ISF, réalise une prouesse dont Sarkozy et Hollande eux-mêmes n’ont sans doute pu rêver, préfère les détours longs et verbeux pour tenter de se justifier.


La théorie du ruissellement à toutes les sauces

Lorsqu’un membre de notre communauté politique devient milliardaire, il faut s’en enthousiasmer, prescrit l’homme aux ordonnances. Peut-être faudrait-il également les applaudir et leur dérouler des tapis rouges là où n’oserait les imaginer. Mieux, celui qui « réussit », assimilé à la personne qui accumule énormément d’argent, va entraîner la France entière dans son sillon. Voici que le Président tentait une version sociologique de la théorie du ruissellement : celle-ci veut, en économie, qu’une fois les plus riches mille fois repus, quelques miettes de la croissance de l’activité retomberaient miraculeusement sur les classes populaires et moyennes. C’est le même mirage, dans une version sociologique, que nous propose Macron : les millionnaires et milliardaires, une fois leur énergie consacrée à le devenir ou à empocher leurs héritages, vont aider le reste du monde. Lorsque naïveté et cynisme se cumulent à ce point, au sommet de l’Etat, c’est consternant.


Le premier de cordée, ou la métaphore du sans-gêne

Ce long passage de l’entretien, consacré à justifier cette suppression en grande partie de l’ISF, a démontré l’incapacité de Macron à s’échapper de ce qui le caractérise depuis sa campagne et le début de son quinquennat : son mépris de classe et sa préférence pour les riches.  Faut-il rappeler que depuis 1980, le patrimoine des plus riches du pays, soumis à l’ISF depuis 1988, a triplé ? Où donc vient se loger la notion absurde de fiscalité confiscatoire ? Le sens concret de cette mesure, comme le rappelait Thomas Piketty, c’est de retirer du budget de l’Etat ce qui aurait pu, par exemple, servir à une augmentation de 40% du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, sacrifié depuis tant d’années.

Au moment où ces réflexions se précipitent et viennent à l’esprit, arrive le clou du spectacle, l’expression soignée par les communicants et qui vise à remplacer la théorie du ruissellement : la métaphore du premier de cordée qui, s’il n’avance pas, laisse tous les grimpeurs à l’état stationnaire. Sous l’avalanche d’obscénités en faveur des plus fortunés qu’il enchaînait, cette image à laquelle certains de ses conseillers devaient imaginer un futur radieux, était déjà morte-née. Le monde de Macron se résumait hier ainsi : une foule de personnes priées de crier de joie à la vue de trois personnes tentant l’ascension d’une montagne.


Pourquoi grimper, au fait ?

Mais s’il y a une question qui restait ignorée, en permanence, c’est le pourquoi. Ce que nous avons compris sans mal, c’est qu’il s’agit d’enrichir les plus riches. Mais encore, nous laissions une chance à un éventuel sursaut de sens chez le Président. Rien. Le néant. Le sens général de sa politique n’est pas apparu un seul instant – si l’on fait exception de formules creuses et vagues du type le « rêve français », mauvais remix de Hollande. En effet, la mise en compétition généralisée de tous les individus en vue de « réussir » – comprendre gagner beaucoup et écraser ses congénères – n’a d’autre but qu’elle-même. Il s’agirait donc de se plier à cette absence de finalité, dans la joie exigée contre les passions tristes de celles et ceux qui auraient le mauvais goût de parler inégalités sociales et écologie.


Les grands absents, notre heureuse présence

En effet, ni inégalités sociales ni écologie n’étaient au programme. La première sans doute car cela gâcherait la fête, la seconde car le seul déploiement des enjeux écologiques suffirait à faire apparaître rapidement la nullité et l’inadéquation à notre époque de la politique menée par Emmanuel Macron. En effet, comment se prétendre écologiste lorsqu’on accepte un accord de libre-échange avec le Canada qui vise à accroître le commerce entre l’Europe et ce pays, sans considération aucune pour l’atténuation du changement climatique ? Comment prétendre à réduire les inégalités lorsqu’on augmente la CSG, impôt non progressif ? Les questions pourraient être nombreuses ainsi, tant le sont les contradictions du gouvernement avec ce double impératif contemporain : la lutte contre les inégalités et l’atténuation au changement climatique.

Un Président imbu de lui-même et pétri de certitudes infondées ne saurait les entendre. Il a choisi, pour reprendre la belle expression du philosophe Giorgio Agamben, de mettre en œuvre une politique des moyens sans fin.

Quant à nous, nous avons les moyens de nos fins.
Nous savons les définir, et l’horizon que nous proposons au pays en rencontrera la majorité sociale.