La France Insoumise

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La marche blanche bafouée par l’extrême-droite

La marche blanche bafouée par l’extrême-droite | Pierre-Yves Cadalen - France Insoumise

Le 29-03-2018 à 18:27

Je n’ai pas trouvé le temps de prendre la plume pour écrire ici depuis longtemps.

Je ne peux faire autrement aujourd’hui. C’est un mélange de colère, de révolte et de dégoût qui m’y pousse.


Hier, je n’ai pu me rendre à la marche en mémoire de Mireille Knoll. Mais son assassinat m’a profondément meurtri. Une femme massacrée parce qu’elle est juive : je ne trouve même pas les mots pour décrire le vide laissé par l’événement dans mon esprit. Survivante du Vél d’Hiv, elle s’est trouvée abattue par des ignobles animés par une haine des plus odieuses.

C’est une peine immense qui nous a envahis, autant que nous sommes, si nombreux dans le pays, lorsque nous avons appris cette nouvelle. Qu’il faille en faire une force en marchant collectivement, c’était la force de la vie même.

C’est en toute logique que les députés de la France insoumise, ainsi que le mouvement lui-même, s’y sont rendus, au même titre que toutes les citoyennes et tous les citoyens qui souhaitaient exprimer leur solidarité pleine et entière avec la communauté juive dans ce pays, et avec la famille de Mireille Knoll. C’est la France comme République qui se soulève contre ce crime abominable.

Je ne m’étends pas sur la polémique lancée par le Président du CRIF, repoussée d’un revers de la main par le fils de Mireille Knoll dès le lendemain. Je ne m’y étends pas car les accusations portées à notre encontre sont dépourvues de tout fondement.

Ce sont les effets de ces propos qui m’ont profondément blessé. D’abord, d’être, ne serait-ce qu’un instant, comparé à Le Pen sur ce plan est d’une violence inimaginable pour nous. Nous sommes les héritiers de ce qu’il y a de plus républicain dans notre pays, les porteurs indéfectibles de l’idée d’égalité entre les êtres humains. Nous combattons partout où ils se trouvent antisémitisme et racisme, principes de mort à l’antipode de toute la conception que nous nous faisons de notre monde social, des liens qui nous unissent.

Ensuite, l’accueil réservé à notre groupe parlementaire par une ligue d’extrême-droite, interdite aux Etats-Unis comme en Israël, la LDJ, m’a révulsé au plus profond de mon être. Ces gens-là n’ont aucune dignité. Les nôtres venaient exprimer solidarité, compassion et empathie dans un moment de recueillement collectif. Et voici lancées sur eux, de la part d’une poignée d’agités, des insultes sexistes et homophobes, de ces insultes qui, séparant les êtres entre eux, leur faisant violence et les renvoyant constamment à des qualités fantasmées, s’inscrivent dans la droite lignée de l’antisémitisme, comme l’a bien montré Sartre dans son ouvrage sur l’antisémitisme, et Fanon après lui.

Le mot indignation n’est pas assez fort pour décrire ce que j’ai éprouvé hier, et j’imagine avec moi des millions de nos concitoyennes et concitoyens. C’est l’honneur de notre pays que de partout se soient élevées des voix pour se révolter du sort qui était fait à cette marche par ces haineux. Ces dernières semaines, ces groupes porteurs de néants se sentent pousser des ailes. Leur violence doit être sévèrement punie. Il n’est pas normal de s’en prendre ainsi à des députés de la République. Il est ignoble de molester le rabbin qui les accompagnait après l’avoir poussé à terre.

Ces scènes ne font que raviver une histoire que nous voulons définitivement derrière nous. Soyons dignes de notre passé, fiers de la République qui unit et intraitables envers ceux qui veulent la détruire.

C’est la mémoire de cette femme que nous honorions hier, dans les marches blanches comme dans nos cœurs. Les partisans de la vie et de la fraternité, seront toujours plus forts que les semeurs de mort. Nous en avons témoigné hier, comme individus, citoyens, militants politiques. Rien ne pourra s’opposer à tant d’amour, la haine est si laide qu’elle mange les individus qui par elle sont animés.

Ces jours-ci, dans un contexte lourd et pesant, j’ai lu ces vers de Yannis Ritsos, une lumière dans l’obscurité, comme un lien pour nous toutes et tous, de vies retrouvées sans cesse :

« Et la beauté, oui, de ce monde. Un homme, sous les arbres,
pleurait de joie, car il aimait – cet homme-là
était plus puissant que la mort. C’est pour cela que nous chantons.

Car les lèvres du monde s’ouvrent
au moment où nous l’embrassons. Personne
n’interrompra notre chanson. Nous chantons,
nous répétons : LE MONDE EST BEAU ».

« Café populaire », Le mur dans le miroir¸ Gallimard, 2001, p. 41