La France Insoumise

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Notre morale contre leur hypocrisie : insoumis et humanistes pour 2018.

Notre morale contre leur hypocrisie : insoumis et humanistes pour 2018. | Pierre-Yves Cadalen - France Insoumise

Le 08-01-2018 à 01:53

À l’heure de la nouvelle année

Il est l’heure, au point de passage d’une année à la suivante, d’envisager les mois intenses qui viennent de s’écouler pour saisir ce que nous donnerons aux jours à venir. J’ai pu prendre quelques jours de vacances à l’occasion des fêtes. Je mesure ma chance là où beaucoup ne peuvent s’arrêter qu’un ou deux jours. Ce temps de respiration est nécessaire pour se projeter au mieux.

Avancer sans jamais prendre de recul, sans retrouver le souffle, fait courir le risque d’être écrasé par les événements, contraint à courir derrière eux.


Une année d’apprentissage

J’écris ces quelques mots pour tenter de saisir, ne serait-ce que pour moi, ce qui de 2017 peut constituer une force pour les mois à venir. 2017 m’a beaucoup appris. J’ai rencontré, lors de la campagne présidentielle et pendant la campagne législative, des personnes formidables.

J’ai vu, écouté, et saisi bien des choses que les livres ne pouvaient pas m’apprendre. Souvent, certaines idées évidentes ont pris des tournures de plus en plus concrètes, et m’évoquent désormais des visages. Les raisons de la lutte à laquelle je participe ont été renforcées par l’immersion dans de multiples vies permise par la campagne, loin du milieu universitaire. L’engagement politique permet de sortir de nos conditions professionnelles pour mettre en commun une volonté partagée et des expériences multiples.


L’année où nous sommes devenus la seule alternative

2017 m’a donc beaucoup appris, et a renforcé ma confiance en nos capacités à changer le cours des choses. Nous ne l’avons certes pas emporté, mais nous avons constitué une force qui est devenue la seule alternative au projet libéral de l’oligarchie porté par Emmanuel Macron.

A Brest où j’ai eu l’honneur de représenter notre mouvement pendant l’élection législative, nous nous sommes affirmés comme la seule force progressiste capable d’incarner l’espoir et d’exister dans les années qui viennent face au fragile rouleau compresseur des différents secteurs de l’oligarchie rassemblés autour du Président de la République.

Ni ceux qui ont échoué hier à construire une alternative, faute de volonté politique ou de compréhension de nos sociétés, ni ceux qui rêvaient avant-hier de pratiquer la politique que mène En Marche aujourd’hui, pas plus que les inutiles qui avouent ne pas savoir pourquoi ils siègent à l’Assemblée ne sont une alternative : le PS, LR et le FN n’ont pas d’horizon à proposer au pays.


La force du programme de la majorité sociale

Notre projet de gouvernement, tôt ou tard, devra gouverner le pays : sans cela, la société elle-même risque de se déliter sous les coups de boutoir de l’absurde individualisme libéral. A cet égoïsme dangereux pour la démocratie, pour les plus fragiles et pour notre environnement, nous répondons par la solidarité.

Qu’enfin dans le pays il existe un projet dont la cohérence et la puissance permettent d’envisager qu’un gouvernement puisse gouverner dans le sens des intérêts de la majorité sociale de ce pays, c’est une conquête immense.


Le combat total contre l’oligarchie

L’engagement concret peut prendre des formes différentes, associatives, politiques, culturelles ; c’est un combat total qui s’est engagé, une course contre la montre que le peuple doit gagner contre les banquiers et leurs serviteurs. Si nos idées continuent à se répandre dans le pays, nous pourrons aborder avec assurance toutes les élections qui viennent. En quelques mois, nous avons montré notre sérieux et le caractère raisonné de nos arguments. Le Président Macron a quant à lui montré son empressement à saccager l’Etat pour ses amis les plus riches du pays.


Macron et l’humanisme en carton

Mais il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, et 2018 va commencer avec une loi indigne sur l’immigration. Le pseudo-humanisme hypocrite de Macron vaut pour les classes populaires de ce pays comme pour ceux qui fuient la guerre ou la souffrance : il tient des discours grandiloquents pour mieux écraser concrètement ces gens dont son socle électoral et social n’a que faire.

Seuls les immigrés éligibles au droit d’asile pourraient être admis dans le pays, à condition de montrer patte blanche. Collomb et Macron ont sans doute dû s’inspirer de la politique de Daladier en 1938, quand ce dernier mettait les réfugiés espagnols en camp et souhaitaient que ces derniers fassent preuve de « leur bonne foi ». Que notre ministre de l’intérieur fasse donc la route à pied par la Turquie ou tente la traversée de la Méditerranée sur un bateau minable. S’il survit, que penserait-il qu’on lui demande d’attester de sa bonne foi ?


L’hypocrisie comme morale en marche

L’humanisme de façade de Macron relève le sens profond du bloc aujourd’hui au pouvoir en France : l’hypocrisie comme morale et le double discours comme pratique. Cela peut convenir à celles et ceux qui veulent s’offrir une conscience pour pas cher. Et fermer les yeux sur le crime de masse que constitue l’inaction européenne en Méditerranée, quand des dizaines, voire des centaines de milliers de migrants y sont déjà morts, noyés dans le silence assourdissant des dirigeants.

La France insoumise, en ce début d’année, doit se poser comme ce qu’elle est : le dernier rempart de l’humanisme contre la barbarie de ce gouvernement et des précédents dirigeants, qui ont tous considéré l’immigration comme un problème insupportable, et les réfugiés comme une douloureuse case à intégrer à leur tableau. C’est une blessure ouverte qu’ils infligent à notre pays et à sa tradition d’hospitalité.

La Ve République est ainsi faite que l’on appelle les électeurs à aller voter pour faire barrage au racisme du FN, et qu’on le retrouve dans les politiques publiques du candidat qui l’a emporté – ainsi de circulaire demandant aux hôpitaux psychiatriques de faire signer une obligation de quitter le territoire français à leurs patients (http://www.liberation.fr/direct/element/une-circulaire-demande-aux-hopitaux-psychiatriques-daider-a-lexpulsion-de-sans-papiers_75762/).


Consciences en soldes

Dans un beau texte, Passer quoi qu’il en coûte, Georges Didi-Huberman écrit à propos de l’horreur vécue par les réfugiés que « celui qui n’a pas le temps ou le courage d’écouter cet acte ou cette souffrance : c’est le nanti de la grande ville quand il demeure indifférent, occupés aux tâches de sa vie confortable ». Celui qui, en somme, est l’image concrète de la minorité sociale ravie par le nouveau Président. Qui s’est procuré un sens moral au rabais lors des dernières soldes.


Insoumission ou barbarie

Nous devons lutter contre cette indifférence, lutter pour celles et ceux qui sont abandonnés ici, dans nos rues, comme pour celles et ceux qui crèvent si près de nous, dans la mer qui est le berceau de notre civilisation. La lumière des principes politiques et moraux qui font la grandeur de la France et de son histoire s’affaiblit. Nous devons en aviver la force, fidèles à la devise de la République. 

L’insoumission, ce sentiment raisonnable, traverse l’histoire de France. Nous en sommes la transcription politique à ce moment. Je souhaite qu’encore et toujours elle grandisse. Que nous nous armions, comme peuple, du pessimisme de l’intelligence et de l’optimisme de la volonté. Que nous parvenions à changer la vie, au plus vite.